Au lieu de relancer une économie surendettée par le crédit, l’énorme quantité de monnaie créée par les banques centrales alimente la hausse du prix des matières premières, notamment agricoles, et risque à terme de provoquer une hausse des prix à la consommation. D’abord dans les pays émergents, puis en Europe, sous forme d’inflation importée.

L'argent créé pour sauver le système, en proportion du PIB
L’argent créé pour sauver le système, en proportion du PIB

Après un premier programme d’assouplissement quantitatif de 1300 milliards de dollars lancé en mars 2009 et terminé en mars 2010, la Réserve Fédérale américaine (FED, la banque centrale) a mené un second programme de 600 milliards de dollars cet automne pour continuer à fournir de la liquidité aux primary dealers (les principales banques bénéficiant de son soutien et considérées comme « too big too fail », comme Goldman Sachs ou JP Morgan).

Pourquoi ? L’économie est en crise depuis 2007 car le prix des actifs (notamment l’immobilier) croissait grâce à une consommation éffrénée alimentée par le crédit. C’est à dire que la croissance économique était fondée sur la consommation des ménages, elle même basée sur l’endettement privé (multiples cartes de crédit, crédit revolving…etc) ou/et public (par le biais de dépenses sociales non financée par des recettes fiscales suffisantes) selon les profils culturels des pays. Quand les opérateurs économiques ont réalisé qu’ils étaient pour beaucoup d’entre eux insolvables, ils ont arrêté de se faire confiance et ainsi de se prêter (crédit) et cela a donc provoqué la crise connue du grand public seulement en 2008 avec la chute de Lehman brothers.

les taux d'intérêt ont tous été abaissés au minimum pour tenter de relancer l'économie par la dette / le crédit
les taux d’intérêt ont tous été abaissés au minimum pour tenter de relancer l’économie par la dette / le crédit

Le quantitative easing est considérée comme « l’arme nucléaire » dans les milieux économiques car il s’agit de la solution de dernier recours quand les autres tentatives de juguler la crise n’ont pas fonctionné : il y a eu le rachat d’actifs pourris (la banque centrale rachète les titres financiers des insolvables qui valent 0 parce que personne n’en veut pour pouvoir continuer à dire qu’ils valent 1000 et on évite ainsi une chute de 90% des prix), les fameux plans de sauvetage qui ont permis aux banques et aux assurances de ne pas toutes faire faillite en 2008, et surtout la baisse historique des taux dans tous les pays occidentaux (les banques centrales fournissent de l’argent gratuitement au système bancaire en abaissant leur taux d’intérêt à 0% ou 1,5% dans l’espoir qu’il prête de nouveau et permette ainsi à la croissance de repartir).

On parle d’arme nucléaire à propos du quantitative easing car il s’agit de créer de l’argent à partir de rien, ce que les masses appellent « la planche à billet » même si aujourd’hui il s’agit davantage d’écritures électroniques que de rotatives à plein régime. La Bourse est aujourd’hui intégralement portée par le quantiative easing et le High Frequency Trading : les investisseurs se retirent des actions et des obligations mais les cours de bourse montent via l’intervention d’un nombre restreint d’acteurs sur la majorité du volume d’échange, notamment les jours de POMO(intervention de la FED). C’est la principale fonction du quantitative easing, pratiqué par les Etats-Unis (Fed), le Royaume-Uni (15% du PIB britannique « imprimé » par Mervyn king) et par la zone euro (« opérations non conventionnelles » de la BCE).

L’autre fonction est de prêter de l’argent aux gouvernements qui font face à un krach obligataire, c’est à dire qui sont tellement endettés qu’ils doivent emprunter (cavalerie financière) à des taux d’intérêts qui s’emballent : ce sont les Etats européens visés par les marchés comme l’Irlande ou le Portugal. Les Etats-Unis, comme le Royaume-Uni, contrairement aux apparences, sont davantage concernés que la zone euro : ils ont simplement pris la décision d’utiliser le quantitative easing, donc leur dernière carte, avant que leur taux d’intérêt pour emprunter (pour payer leur dette précédente, on appelle ça un refinancement de dette souveraine) n’augmente et que leur pays ne fasse faillite comme la Grèce. Certaines banques, comme la banque canadienne Scotia, jugent les Etats-Unis comme un pays risqué, à l’encontre de la tendance générale à se réfugier vers le dollar quand la finance s’écroule un peu partout :

2009 Scotia sov debt rating COLLECTOR

En quoi la « planche à billet » est-elle dangereuse ? En 1929, les américains ont laissé les prix revenir à leur valeur réelle (prix d’avant bulle) mais cela a dérapé en déflation : quand les prix baissent, non seulement le chômage augmente mais en plus tout le monde anticipe une future baisse des prix et retarde ses achats. C’est donc une spirale de la crise très difficile à combattre, tous les économistes, de Daniel Cohen à Joseph Stiglitz rappelent que le monde n’est sorti de la crise de 1929 qu’en…1945. Voilà pourquoi cette fois on a décidé de frapper fort en ne laissant pas les faillites se produire et les prix chuter, quitte à tricher avec la monnaie. Le résultat est en apparence positif : la bourse continue d’augmenter au lieu de chuter et les médias peuvent se targuer d’une « croissance retrouvée », voir même d’une « reprise » et de « résultats moins mauvais que prévus ».

Mais pour l’économie réelle, le quantitative easing ne fonctionne pas : le taux de chômage (17% aux USA) malgré des choix statistiques douteux, 1 américain sur 7 survit grâce à des bons alimentaires, le nombre record de saisies immobilières ou encore le processus de deleveraging et l’expérience du Japon le démontrent. Cette réalité objective échappe à l’ensemble des opinions publiques mais pas aux initiés, qu’il s’agisse de fonds d’investissementsd’universitaires ou de même certains médias. Certaines banques considérent même que leur sécurité sera en jeu. Quant aux comptables, ils se préparent à compter les brouettes de billets comme nous le verrons plus bas.

40 millions d'américains à la soupe populaire
40 millions d’américains à la soupe populaire

Surtout, il y a deux contreparties : Lorsqu’un gouvernement fourni abondamment de la liquidité, elle finit toujours pas aller quelque part. Depuis 2008, les opérateurs financiers savent pertinemment que les pays occidentaux sont surendettés et comme le dit l’expression « on ne prête qu’aux riches » : les banques occidentales qui recoivent cet argent gratuit déversent donc un flux de capitaux massifs vers les pays (r)éémergents et dans les matières premières et particulièrement les matières premières alimentaires.

2010 QE vers Asie COLLECTOR

En dehors du futur éclatement de la bulle spéculative asiatique, et de potentielles émeutes de la faim dans les pays les plus vulnérables aux fluctuations de cours, cela va causer une inflation importée en Occident : on va acheter les biens fabriqués en Asie plus chers parce que les salaires augmentent là bas pour répondre à la flambée des prix locaux.

2009 Societe generale CPI Food Asia COLLECTOR

Enfin le quantitative easing provoque un accroissement de la masse monétaire (l’argent sous toutes ses formes) qui fait rentrer dans un cercle vicieux comme le mécanisme du schéma de Ponzi utilisé par Madoff : quand on prolonge la valeur d’une économie de manière artificielle, la réalité (le désendettement nécessaire de la population et de l’Etat, la perte de confiance dans les titres financiers, l’achat d’or PHYSIQUE par la population inquiète etc…) finit toujours pas revenir et il faut alors prolonger et accroître toujours plus cette mesure jusqu’à ce que la monnaie n’inspire plus confiance. L’autorité des normes comptables internationales s’y prépare :

20103009 IFRS hyperinflation extrait COLLECTOR

2 réflexions sur “Le Quantitative Easing, dangereux moteur de la reprise artificielle”

  1. Ping : Taux de chômage et indice des prix à la consommation selon les présidents des Etats-Unis | Akli LE COQ

  2. Ping : Pays développés : la fin de l’ère de la chaîne de Ponzi | Akli LE COQ

Les commentaires sont fermés.

Retour haut de page