Effet de réseau

Pourquoi les humains adoptent-ils une technologie et non une autre ? Quelles sont les causes sous-jacentes d’une adoption de masse ?
Face à la concurrence, et en dehors de ses qualités intrinsèques, la force d’un produit ou d’une technologie repose principalement sur quatre concepts :

  1. la marque
  2. l’attractivité (produit d’appel)
  3. la capacité à passer à l’échelle
  4. l’effet de réseau

Comprendre l’effet de réseau est essentiel pour appréhender le contexte économique actuel : le monde est déterminé par les interactions économiques et sociales entre les humains, et les interactions passent beaucoup par des réseaux informatiques. Depuis les années 1950, l’ouverture (gage d’interopérabilité) et la transparence (gage de confiance) des technologies semblent être des facteurs déterminants à long terme.

L’effet viral est différent de l’effet de réseau…

…mais il peut le provoquer. L’effet viral est la capacité d’un produit ou d’une technologie d’atteindre très rapidement un grand nombre d’utilisateurs, notamment à un rythme exponentiel. L’effet viral peut être interprété comme un facteur de la marque, puisqu’il la renforce. A la fin des années 1990, alors qu’Internet était très peu développé en France, chaque utilisateur d’un Tamagotchi ne rendait pas le produit Tamagotchi meilleur.

L’effet de réseau est le fait pour un produit ou une technologie de devenir meilleur(e) au fur et à mesure qu’il compte d’utilisateurs : c’est la mesure mathématique d’un cycle vertueux qui semble inarrêtable. Whatsapp n’a commencé à devenir utile qu’au fur et à mesure que les autres s’inscrivaient autour de nous.

Les types d’effet de réseau

Associé du fond de capital-risque en amorçage (seed-stage) NFX, James Currier liste 13 types d’effet de réseau, classés par force :

  1. Physique : lignes téléphoniques
  2. Protocole réseau : Ethernet
  3. Outil personnel : Whatsapp
  4. Réseau social personnel : Facebook
  5. Réseau professionnel : AngelList
  6. Place de marché : Amazon
  7. Système d’exploitation : Android
  8. Place de marché asymptotique : Lyft
  9. Données : Waze
  10. Performance technologique : Zoom
  11. Langage : Postscript (PS)
  12. Croyance : monnaies, religions
  13. Travail collaboratif : Slack

Imaginez donc si la monnaie (12) devient un protocole (2)…

L’effet de réseau dépend de la proposition unique de valeur qu’il assume, de l’offre et des utilisateurs, et enfin de la concurrence. Les facteurs sous-jacents renforcent (+) ou diminuent (-) l’effet de réseau.

Le produit est la solution à quel problème ?

+ liquidité absolue : dés qu’un porteur de projet est financé à hauteur du montant qu’il souhaite et par un certain nombre de prêteurs participatifs, un nouveau prêteur a une utilité marginale. Un marché où la liquidité est absolue a un taux d’adoption qui suit généralement une courbe en S (S curve).
 liquidité relative entre l’offre et la demande : dés qu’un passager Lyft trouve un certain nombre de chauffeurs à proximité (5 minutes), un nouveau chauffeur disponible a une utilité nulle
 échelle locale : la meilleure boulangerie de votre commune
+ échelle globale : le meilleur système d’exploitation mobile
usage rare : achat et construction d’une piscine
+ usage fréquent : fourniture d’électricité à domicile

L’offre et les utilisateurs

+ le produit est différencié (difficilement ou non reproductible)
le produit offert est standardisé (facilement reproductible)
+ le marché cible a des utilisateurs incrémentaux « positifs » : ceux qui attirent encore plus d’utilisateurs
le marché n’en a pas (le marché est peu ou pas dense)

La concurrence

Elle dépend de la structuration du marché cible.

network overlap : chevauchement des réseaux (doordash a déjà tous les utilisateurs aussi inscrits sur uber eats)
switching costs : changer de solution est peu ou pas coûteux
+ la demande doit utiliser plusieurs intermédiaires (multi tenant)
 la demande peut trouver l’offre (single tenant) via un seul intermédiaire

First-mover advantage & Effet Lindy

La société qui offre le premier produit complet d’un marché naissant dispose d’un avantage certain : elle peut créer une boucle de rétroaction positive entre améliorer l’expérience utilisateur et renforcer le produit original. Ce first mover advantage dépend avant tout de la structure du marché selon la Harvard Business Review :

L’avantage au premier est parfois confondu avec un l’effet Lindy : selon ce dernier, la probable longévité d’un produit est proportionnelle à sa durée de vie passée. Lo que fue sera.

Rompre l’effet de réseau d’un produit dominant

Dans How to disrupt network effect , Samir Seed explique comment une technologie ou un produit peut s’imposer contre un autre : avec un produit supérieur et différencié utilisé fréquemment et une offre multiforme disponible à une échelle globale. C’est principalement quand la masse critique est atteinte : lorsque la valeur du produit augmente du fait du nombre d’utilisateurs et non de ses qualités intrinsèques (pourtant indispensables).

L’effet Cantillon : the winner take all

Comme on l’a vu dans la page adoption des technologies, c’est in fine l’utilisateur qui par son expérience, décerne le trophée de preuve sociale à telle ou telle solution. Cette dynamique là est, de mon point de vue, beaucoup plus puissante que tous les autres « effets ». Elle se situe cependant sur une longue échelle de temps : même avec des qualités supérieures, un produit ayant un atout décisif mais initialement confidentiel peut longtemps (éternellement ?) rester barré par la concurrence.

Lorsque la barrière de la notoriété et de la liquidité est dépassée (par la preuve sociale), la croissance du nombre d’utilisateurs est exponentielle et l’effet de réseau s’enclenche : la concurrence est dépassée puis évincée.

Pour aller plus loin

Cette page est une synthèse libre de divers travaux dont :

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