Vagues technologiques

Pour comprendre les technologies, il faut s’intéresser aux cycles économiques : Joseph Schumpeter explique comment les entreprises obsolètes et moins performantes sont concurrencées puis supplantées par celles qui innovent, à travers un processus de destruction créatrice. Nikolaï Kondratiev adapte ce modèle en parlant de saisons, notamment « l’hiver de Kondratiev« , phase ultime où l’économie moribonde est totalement concentrée sur quelques entreprises sous performantes mais « too big too fail ». Cela expliquerait notamment ce qui est observé quand des grandes entreprises font du chantage à l’emploi auprès des autorités, éliminent la concurrence en influençant le législateur pour élever des barrières à l’entrée du marché, et bénéficient de subventions publiques. Ce capitalisme de connivence a été précisément décrit par James Galbraith dans le nouvel Etat industriel.

Ensuite, il faut étudier le rôle que joue la technologie dans les cycles économiques : c’est ce qu’a fait l’universitaire Carlotta Perez, identifiant 5 cycles technologiques qui ont grandement influencé l’économie.

Carlotta Perez, The dynamic of Bubble and the Golden Age

Chaque vague technologique se décline en une phase d’installation puis une phase de déploiement :

En installation, les nouvelles technologies font irruption et provoquent le déclin des entreprises en place et favorisent le chômage. La polarisation riches-pauvres s’intensifie dû à l’inégal accès au capital pour profiter des opportunités d’investissement. En quelques années, les investissements deviennent massifs et un découplement entre la structure politique d’une part et la structure économique d’autre part. A ce moment, le secteur économique vit un tournant décisif : la recomposition institutionnelle faisant suite à un crash financier marquant la fin d’une bulle spéculative. C’est précisément ce qui est survenu en 2000 avec la bulle « internet ».

En déploiement, les produits et services bâtis sur les nouvelles technologiques peuvent fleurir et entrer dans une nouvelle phase « industrielle », avec une croissance importante mais surtout cohérente avec l’utilité sociale réelle apportée à la population. L’emploi augmente. On parle alors de synergie entre économie et institutions, d’âge d’or. Enfin, une fois le marché saturé (la population équipée), les derniers produits se révèlent décevant alors que les entreprises se complaisent dans le status quo : une nouvelle séparation entre les attentes de la société et la politique économique survient.

La vision de Carlotta de Perez peut être rapprochée des cycles de tendance (hype cycles) du Cabinet Gartner, au cours desquels les technologies sont listées selon leur degré de productivité, des attentes déçues de la population jusqu’à leur maturité.


En 2020, Gartner a produit une étude spécifique sur les blockchains, estimées matures à la fin de la décennie 2020.

Nous sommes donc bel et bien au début de la vague technologique des registres distribués : le terme blockchain est une mode mais n’est techniquement qu’un sous-type de registre distribué, déjà dépassé par les graphes acycliques dirigés depuis 2015.

Quels sont donc les facteurs qui font qu’une technologie atteint son » plateau de productivité » ? Pourquoi la population adopterait -elle les cryptomonnaies ?

Pour aller plus loin

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