Psychologie des foules

Psychologie foules Schiller Sell
Un jour normal dans une des plus importantes institutions financières

Des manuels scolaires aux titres de presse en passant par les travaux universitaires, vous avez certainement déjà lu le terme de « science économique ». Si l’économie est une science, celle-ci n’est pas exacte car elle est soumise à l’incertitude des comportements humains, l’irrationnel collectif.

Dans la théorie classique de l’équilibre général du marché de Walras, les prix reflètent la réalité à la suite des choix rationnels des individus informés qui décident de vendre ou d’acheter. Keynes démontre que cet équilibre, perturbé par les esprits animaux de l’homme (l’appât du gain ou au contraire la peur de perdre), est précaire (à cause des bulles spéculatives) et aboutit à une situation de sous-emploi (chômage).

A partir des années 1960, l’école libérale de Chicago reprend les travaux de Louis Bachelier  pour défendre l’idée d’un marché efficient et prévisible : pour investir, il suffit de comparer le rendement moyen d’une action avec le risque que son cours varie, calculé à l’aide de la courbe de Gauss, et d’autres équations complexes. Selon Harry Markowitz et William Sharpe, tout serait en définitive une question de mathématiques et de rigueur. La finance mondiale commence alors à transformer les mathématiciens en traders et s’arme d’ordinateurs. C’est là que Benoit Mandelbrot intervient…

Effet mémoire, interactions et écart-type infini

Benoit Mandelbrot
Benoît Mandelbrot

En s’appuyant sur l’histoire des cours du coton, le mathématicien montre que les variations ne correspondent pas à la courbe de Gauss, qui ne peut pas servir de modèle global pour prévoir le marché de manière scientifique. D’une part, on peut acheter quelque chose pour l’image que l’on se fait du produit ou la notoriété de son concepteur : par exemple un téléviseur de la même marque que le précédent mais qui lâche au bout d’un an. La hausse suit la hausse et génère des bulles : c’est l’effet mémoire. D’autre part, on peut acheter quelque chose non pas pour sa valeur intrinsèque mais l’avis favorable qu’un autre nous aura donné : par exemple, une place de cinéma pour un film au final tout pourri…mais qui aura totalisé des millions d’entrées comme la nôtre 🙂 Ce sont les interactions, liées la psychologie des foules, qui aboutit aux bulles. Mandelbrot montre que sur plusieurs marchés, les ventes sont concentrées autour de quelques produits et ridicules pour des milliers d’autres : l’écart-type est infini.  La dispersion des ventes ne correspond pas à une courbe de Gauss mais plutôt à la loi de Pareto des 20/80. Quelques valeurs dominent le marché sans justification au détriment des autres.

Finance comportementale

Dés les années 1950, le célèbre prix Nobel d’économie français Maurice Allais montre les limites de la théorie de l’utilité espérée, concept selon lequel l’individu prend une décision en pesant l’utilité « positive » et « négative » du résultat de chaque action. A travers son paradoxe, Allais établit que les individus estiment de manière asymétrique les probabilités de gain ou de perte lorsqu’ils doivent choisir : quand un risque est extrême, le montant de la prime de risque peut modifier notre stratégie habituelle d’évaluation gain/risque.

La décennie suivante, Daniel Ellsberg démontre que pour prendre une décision en théorie des jeux, l’individu privilégie le risque, même élevé (où la probabilité de perdre est connue) par rapport à l’incertitude (où la probabilité de perdre est inconnue).

Dans les années 1970, les travaux d’Allais sont repris par le mathématicien Amos Tversky et le psychologue Daniel Kanerhman, qui publient leur théorie des perspectives, le point de départ de la finance comportementale. Le marché est perturbé par :

  • les biais cognitifs des individus
  • leurs sentiments
  • le mimétisme (comportement moutonnier)
  • les prophéties auto-réalisatrices

Enfin, à partir de 1981, Robert Shiller conclut que la forte volatilité du cours des actions aux États-Unis (l’amplitude et la fréquence des mouvements à la hausse et à la baisse) ne peut pas refléter un calcul rationnel des dividendes futurs, c’est à dire une estimation raisonnable du rendement, du gain. Shiller s’intéresse ensuite au marché immobilier américain et invente l’expression d’exubérance irrationnelle, que le président de la FED Alan Greenspan glissera dans un de ses discours juste après avoir discuté avec lui, en pleine bulle Internet.

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Cygne noir

En 2008, Nassim Nicholas Taleb met en avant le concept de cygne noir : un évènement extrême, imprévisible et inévitable mais qu’il convient d’intégrer dans nos modes de pensée car il survient fréquemment. En d’autres termes, la finance et l’économie doivent cesser de sous-estimer le risque et l’incertitude. Même si la crise économique actuelle était prévisible (mais difficilement datable) et prévue par de nombreux hommes intègres, le message de Nassim Taleb est utile.

Pour aller plus loin

bachelier theorie speculationmandelbrot fractale

Robert SHILLER - Irrational exuberance
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cygne noir

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