Les cycles de bulles et de crises

Les crises surviennent lorsque l’offre et la demande ne sont pas équilibrées.

  • Les facteurs naturels (climat, pollution, ressources naturelles) qui agissent sur la production jouent un rôle déterminant
  • L’excès de monnaie, qui naît du crédit et fait la jonction entre les vendeurs et les acheteurs, est cependant le facteur le plus important et le plus fréquent.

De fait, les crises ont souvent des causes multiples, les bulles de crédit explosant à la suite de bouleversements externes.

Les crises liées à la production : pénurie et surproduction

Depuis des siècles, les crises économiques sont liées à des événements déstabilisant la production de biens et de services pour la population. Dans un cas la production est insuffisante : on parle de pénurie, par exemple à causes de mauvaises récoltes liées au climat, comme lors de la Grande Famine de 1693 (plus d’un million de morts) et celle de 1709 en France (600 000 morts).

Dans un autre cas, la production est trop importante : on parle de surproduction. La crise de surproduction est aussi le phénomène mis en avant par les marxistes, qui considèrent que lorsqu’une armée de réserve de salariés est de moins en moins bien rémunérée, on observe une baisse tendancielle du taux de profit des entreprises et une crise. La financiarisation de l’économie a permis (temporairement ?) d’invalider cette théorie.

Enfin et surtout, l’énergie joue un rôle indispensable dans la production puisqu’elle permet de faire tourner

  • les machines qui transforment les ressources naturelles en biens et en services
  • les véhicules et infrastructures qui permettent leur transport
PIB et volume d'énergie sont correlés
Variation annuelle du PIB et du volume d’énergie : corrélation

Les crises liées au crédit

Elles existent depuis trois millénaires avant Jésus-Christ : dans les cités-États de Mésopotamie et d’Assyrie puis en Égypte, la société était déjà partagée entre les prêteurs et les emprunteurs, qui devenaient leurs esclaves quand ils ne pouvaient plus rembourser (par exemple à la suite de mauvaises récoltes ou de perte du bétail sur lesquels étaient gagées les prêts). Pour éviter la guerre civile, les dirigeants choisissaient fréquemment d’annuler les dettes, à l’exemple des pharaons Bakenranef et Ptomélée V. La Grèce et Rome procéderons aussi à des annulations de dette.

A partir du XVIIème siècle, cette constante historique a pris un aspect massif et international, avec la généralisation de l’émission de billets de banque par des établissements internationaux.  En effet, le prix d’un bien ou d’un service est théoriquement le reflet de sa valeur par rapport à la capacité d’achat des demandeurs, basée sur leurs revenus (issus du travail ou du capital). Avec l’emprunt, cette capacité (la demande) augmente. Plus il y a de crédit et donc de monnaie créé, plus il y aura d’argent qui pourra faire monter les prix d’un bien ou d’un service (un actif, en finance). Il faut bien entendu un élément supplémentaire : que l’actif en question attire les foules, c’est à dire qu’un nombre croissant de personnes se mettent à acheter, spéculant et anticipant des gains futurs…provoquant une hausse du prix interprétée comme une confirmation de leur choix. C’est le mécanisme de formation des bulles spéculatives.

2009 etapes bulle speculative COLLECTOR
A un certain moment, le nombre d’acheteurs ne croit pas suffisamment assez vite pour que le prix continue d’augmenter
, et le phénomène s’inverse : le prix baisse, les gens vendent les titres (actions, obligations, options…etc)  concernant le bien ou service en question, accélérant la baisse des cours. Ceux qui sont initiés (qui savent avant les autres que le cours va baisser et/ou que le crédit va se raréfier) ont le temps de vendre, tandis que les autres (la masse de suiveurs) ont des comptes dans le rouge et sont ruinés. Ce mécanisme est similaire à celui d’une fraude pyramidale, à ceci près qu’il est légalisé et qu’il est très difficile de prouver l’élément intentionnel : que les premiers acheteurs ont incité les autres à suivre alors qu’ils savaient que le prix était surévalué (il ne reposait pas sur une activité économique rentable, ou aussi rentable qu’annoncé).

Les bulles sont ainsi basées sur deux choses : trop de crédit permis par les banques centrales et le comportement moutonnier des individus.

C’est l’histoire du monde, mais particulièrement depuis trois siècles :

  • bulle de la compagnie des Mers du Sud en Angleterre, qui éclate en 1720 (trop d’actions émises par rapport aux ressources coloniales)
  • bulle de la compagnie du Mississipi en France, qui éclate en 1720 (trop d’actions émises par rapport aux ressources coloniales)
  • bulle de la First Bank of the United States aux États-Unis, qui éclate en 1792 (trop de crédits émis par rapport aux réserves)
  • bulle la Banque dite d’Angleterre, qui éclate en 1797 (trop de crédits émis par rapport aux réserves)
  • bulle des banques anglaises, qui éclate  en 1810 (trop de crédits émis par rapport aux réserves et blocus continental comme déclencheur)
  • bulle des banques américaines, qui éclate en 1819 (trop de crédits émis par rapport aux réserves)
  • bulle des investissements latinoaméricains en Angleterre qui éclate en 1825 (trop d’actions émises par rapport à la rentabilité)
  • bulle immobilière américaine, qui éclate en Angleterre, Allemagne et aux États-unis en 1836 (trop de crédits émis)
  • bulle des compagnies françaises de chemins de fer, qui éclate en 1847 (trop d’actions émises)
  • bulle des compagnies américaines de chemins de fer, qui éclate en 1857 (trop d’actions émises)
  • répétition de cette bulle avec panique bancaire en 1866 (trop d’actions émises)
  • bulle immobilière allemande et autrichienne, qui éclate en 1873 (trop de crédits émis)
  • bulle de l’Union Générale en France, qui éclate en 1882 (trop de crédits émis)
  • bulle de la dette argentine, qui éclate en 1890 (trop de crédits émis)
  • bulle des banques américaines, qui éclate en 1893 (trop de crédits émis par rapport aux réserves d’or)
  • bulle des banques américaines, qui éclate en 1907 (trop de crédits émis par rapport aux réserves)
  • bulle des banques et établissements financiers américains, qui éclate en 1929 (trop d’actions émises)

1971 : le début de la fin

A partir de 1971, année où toutes les monnaies sont basées sur le dollar non lié à l’or, les crises sont trop nombreuses pour être listées ici. Le principe est cependant le même jusqu’à la crise actuelle : trop de crédit et d’émission de titres financiers par rapport aux réserves bancaires et à la rentabilité des activités économiques sous-jacentes. Dans la majorité des cas, il suffit de regarder les taux d’intérêt des principales banques centrales du monde :

  • quand les taux sont bas, les crédits (donc les dettes) se multiplient et les bulles se forment (internet, immobilier…etc)
  • quand les taux sont remontés, les nouveaux acheteurs à crédit sont insuffisants pour que les bulles continuent et elles explosent

Depuis 1971, chaque bulle doit être plus grosse que la précédente pour que l’économie puisse continuer à fonctionner. Le système économique, viable entre 1945 et 1971 a en effet une offre massive (production internationalisée) mais une demande assise sur la dette exponentielle et non plus les salaires réels. Nous sommes au bout de la logique depuis 2008, les responsables économiques et politiques ayant fait baisser les taux au minimum.

Taux des banques centrales : plus aucune carte à jouer...
Taux des banques centrales : plus aucune carte à jouer…

Les cycles de Kondratiev

Les cycles de Kondratiev
Les cycles de Kondratiev

Dés les années 1850, Clement Juglar avait décelé des cycles d’affaires d’une durée moyenne de 8 ans, selon un triptyque expansion-crise-liquidation.  Selon l’économiste russe Nikolaï Kondratiev, l’économie est découpée en cycles longs de 20 à 30 ans, semblables à des saisons :

  • au printemps, de nombreuses petites entreprises se créent et se concurrencent, prenant des risques élevées et demandant du crédit
  • à l’été, elles engrangent des bénéfices, stimulent l’innovation et l’emploi
  • en automne, les entreprises se concentrent faute de marge suffisante et le crédit s’essouffle
  • en hiver, faillites et chômage apparaissent, constitutifs d’une dépression économique

Joseph Schumpeter, « l’historien du capitalisme », reprendra les travaux de Kondratiev pour constituer sa théorie de la destruction créatrice, processus par lequel les entreprises innovantes succèdent cycliquement aux entreprises dépassées, avec son lot de faillites et de licenciements.

Pour aller plus loin

John Kenneth GALBRAITH - La crise économique de 1929

1 réflexion sur “Les cycles de bulles et de crises”

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