Marchés financiers

BourseLes premières places de change sont apparues au XIIème siècle (Liège, Gênes…) et les premières places boursières au XVIIème siècle (Amsterdam puis Londres). Avant les années 1970, les activités financières se faisaient principalement par l’intermédiaire des banques, qui utilisaient et utilisent les dépôts (prêts) de leurs clients pour prêter à d’autres.

Depuis les années 1970, la finance est dite désintermédiée : les marchés financiers mettent directement en relation un besoin de financement d’une part et une capacité de financement d’autre part.

  • Quand ces marchés sont réglementés, on parle de bourses de valeurs mobilières, où s’échangent des actions et des obligations. C’est le type de marché le plus connu mais le moins important, dont les media parlent. Chaque Bourse est une société privée qui organise la cotation (la mesure de la valeur) et les transactions des titres. A l’échelle mondiale, les places financières échangent sur des marchés de différente nature : marché des changes, marché des matières premières, marché  des obligations, marché des métaux précieux…etc.
  • Quand ces marchés ne sont pas réglementés, on parle de marchés de gré à gré : il s’agit d’un véritable système bancaire parallèle né à la fin des années 1990, sans règle, encouragé par les États (directive européenne MIF en 2007) et dont le poids financier est prépondérant. Il s’appuie sur des places boursières opaques (dark pools).
Les bourses sont des sociétés privées elles-mêmes...cotées en bourse.
Les bourses sont des sociétés privées elles-mêmes…cotées en bourse.

Baby-Boom, économie de l’épargne et grands acteurs financiers

Les premiers baby-boomers, la génération la plus nombreuse parmi la population occidentale, ont commencé à générer de l’épargne à la fin des années 1970  ; puis les autres, à un rythme croissant au fur et à mesure de l’approche de l’âge de la retraite (dans les années 2000 pour les premiers). Toutes les politiques économiques ont été modifiées dans les années 1980 pour préserver cette épargne (lutte contre l’inflation, qui ne préoccupait guère auparavant) car les épargnants sont aussi des électeurs 🙂 Même si l’attrait du livret A a limité le phénomène en France, cette épargne a été « confiée » :

Les trois derniers acteurs ci-dessus sont les « investisseurs institutionnels », par opposition aux particuliers. Un point important  : ces investisseurs institutionnels ont eux-même confiés leurs titres aux fonds spéculatifs (hedge funds). Avec les banques, ils sont donc les principaux gestionnaires de l’épargne des pays occidentaux.

Plus de 9000 hedge funds gérent près de 2400 milliards de dollars US d'actifs financiers
Plus de 9000 hedge funds gérent près de 2400 milliards de dollars US d’actifs financiers
Un exemple de rendement proposé à l'épargnant en bout de chaîne
Un exemple de rendement proposé à l’épargnant en bout de chaîne

Ils possèdent également un grand nombre d’entreprises et exigent de celles-ci un fort rendement, souvent de 15%, lié à une importante prise de risque. Après les actionnaires, une partie du rendement alimente leurs clients directs (investisseurs institutionnels) et une plus faible partie leurs clients indirects (les épargnants).

Les grandes banques utilisent davantage les dépôts (prêts) des clients pour acheter et échanger des titres financiers que pour re-prêter aux entreprises, qui se financent désormais par d’autres moyens.

Bilan agrégé du système bancaire français, par Olivier Berruyer
Bilan agrégé du système bancaire français en 2012, par Olivier Berruyer

Elles convertissent aussi leurs créances (promesses de remboursement) plus ou moins risquées en titres financiers échangeables à la bourse : c’est ce que l’on appelle la titrisation. La titrisation apporte de la liquidité au marché mais propage aussi le risque et l’incertitude sur le bilan comptable des acteurs financiers. La concentration du secteur bancaire accentue le problème de risque systémique, avec des établissements si gros que la chute d’un seul entraîne celle de tous les autres.

Principales méga banques systémiques dans le monde
Principales méga banques systémiques dans le monde

Les montants

En 2010, les titres financiers ont de nouveau dépassé le montant d'avant krach de 2008 : ils représentent 212 000 milliards de dollars US.
En 2010, les titres financiers en circulation représentent 212 000 milliards de dollars US.
Part des différents marchés financiers en 2009. Source : Alternatives économiques - Hors-série n°87, 2011.
Part des différents marchés financiers en 2009. Source : Alternatives économiques – Hors-série n°87, 2011.
Montant notionnel des produits dérivés en circulation sur les marchés de gré à gré : plus de 600 000 milliards de dollars US
Montant notionnel des produits dérivés de la dette en circulation sur les marchés de gré à gré : plus de 600 000 milliards de dollars US

La question des bonus financiers

Les établissements financiers, pour résister à la prédation et à la concentration du secteur, doivent faire des profits dans l’échelle de temps la plus courte possible. Cette exigence, voulue par une économie tournée vers la captation de l’épargne des baby-boomers d’une part et des liquidités des banques centrales d’autre part, demande des moyens humains : un savoir en matière de probabilités et d’algorithmes, une aisance avec les chiffres, de la rapidité et une bonne résistance au stress devant la prise de risques. Cet ensemble de compétences demandé aux traders est relativement rare en proportion des besoins et des masses d’argent, ce qui signifie que les établissements financiers doivent attirer les traders et les garder avec des rémunérations élevées.

La rémunération des traders est surtout liée à la part variable, et donc soumise aux aléas de l'activité
La rémunération des traders est surtout liée à la part variable, et donc soumise aux aléas de l’activité

Ces bonus choquent une partie de l’opinion publique pour des considérations morales, par indignation (ou par jalousie ?) et sont habilement mis au devant de la scène par les politiques et les media. Cette focalisation ne permet cependant pas de traiter l’origine de cette pratique : la recherche de rentabilité à court terme.

L’opinion publique semble moins choquée par les revenus des stars de la musique ou du sport, car le mérite qu’on leur attribue est subjectif et difficilement chiffrable. A l’inverse, les parachutes dorés de certains PDG californiens de sociétés en faillite choquent, car la relation entre mérite et richesse est inexistante. Certaines pistes existent donc en matière de bonus : plutôt que de dicter légalement un niveau de bonus maximal, il serait judicieux d’inciter les acteurs financiers à se remettre dans une perspective de long terme :

  1. limiter la rémunération fixe (20 fois les revenus du salarié le moins bien payé, par exemple)
  2. ne pas limiter la rémunération variable mais l’étaler et la bloquer dans le temps (5 ans, 10 ans…etc)

Pour aller plus loin

Retour haut de page