Système monétaire

Fonctions de la monnaie

  • échanger des biens et services avec plus d’efficacité et de rapidité que le troc. ex: « Je t’achète cet ordinateur pour 2000€ que j’ai acquis en travaillant« 
  • garder une réserve (épargne) pour s’acheter des biens et services à l’avenir (consommation). ex: « j’ai 2000€ sur mon compte en banque« 
  • estimer la valeur d’un bien ou d’un service. C’est une unité de compte. ex: « cet ordinateur vaut 2000€« , l’euro étant la devise utilisée.

Pour une économie équilibrée, le volume de monnaie en circulation doit donc équivaloir au volume du commerce (échange de biens et de services). Quand ce n’est pas le cas, il y a inflation (trop de monnaie) ou déflation (pas assez de monnaie par rapport aux biens et services), provoquant respectivement une hausse ou une baisse des prix à la consommation quand la monnaie circule vite (vélocité monétaire).

Le support : des métaux précieux aux billets de banque

Un Louis d'or de 1786
Un Louis d’or de 1786

N’importe quel objet peut servir de monnaie pourvu qu’il soit accepté comme tel par quelqu’un avec qui l’on veut échanger un bien ou un service, ce qui n’est pas une mince affaire. Mais depuis l’Antiquité, ce sont les pièces d’or et d’argent qui se sont imposées comme monnaie dans les pays les plus prospères, en Asie comme autour de la Méditerranée. Un tournant a eu lieu à partir du XIIème siècle avec l’essor de cités commerciales comme Gênes, Florence, Bruges et les villes de Ligue Hanséatique : le commerce s’est énormément développé et se promener de places de commerce en places de commerce avec une bourse était à la fois risqué et peu pratique.

Au niveau international, les marchands ont donc utilisé la lettre de change, l’ancêtre du chèque, pour passer des ordres sans déplacer des tonnes d’or et pouvoir livrer marchandise avec délai. Au niveau local, les premiers grands banquiers sont apparus, leur métier ayant un double aspect :

  • garder l’or et l’argent de leurs clients en dépôt, et leur remettre en échange des reçus, les ancêtres des billets, sur les sommes détenues. En contrepartie, le client reçoit un petit intérêt chaque année sur l’or et l’argent qu’il a placé chez le banquier.
  • prêter des sommes d’argent sous forme de reçus aux marchands et citoyens qui en ont besoin. En contrepartie du service et en prévision du risque, le banquier reçoit un plus grand intérêt que celui qu’il donne habituellement aux déposants.

Le banquier fait ses bénéfices grâce à la différence entre les intérêts qu’il perçoit de ses débiteurs et ceux qu’il reverse à ces déposants. Plus il y a de crédit, c’est à dire de prêts des banques, plus il y a de bénéfices. Viendra vite la tentation de multiplier le crédit sur de l’argent que la banque ne possède pas…

Comptabilité en partie double

Au siècle suivant, les entreprises de puissantes cités comme Milan, Florence ou Venise utilisent progressivement la comptabilité en partie double déjà connue des égyptiens. Selon ce principe, le bilan d’une entreprise est présenté sous la forme d’un tableau à deux colonnes :

  • à droite, les ressources (le passif)
  • à gauche, les dépenses (l’actif)

La somme de l’actif doit être égale à la somme du passif pour avoir une vue claire des flux sur une année. Pour le banquier, cela signifie qu’il ne pourra théoriquement pas prêter plus que ce qu’il détient comme capitaux propres, l’argent apporté par les investisseurs lors de la création de la banque et/ou après.

Utilisation des dépôts des clients

Les clients des banques qui ont déposé leur pièces d’or ou d’argent le font dans un coffre commun et non dans des coffres individualisés. De plus, ils ne viennent jamais retirer tout leur or/argent en même temps, ce qui permet au banquier d’instaurer progressivement une coutume selon laquelle les retraits de Pierre peuvent être couverts par les dépôts de Paul  : les dépôts sont solidaires entre eux. A partir de ce moment, rien n’empêche théoriquement le banquier de faire plus de prêts en considérant que la somme des dépôts de ses clients est disponible et non plus bloquée.

Émission de billets par des banques concurrentes

La Wisselbank d'Amsterdam
La Wisselbank d’Amsterdam

L’activité économique est déjà pénalisée par les mauvaises pratiques consistant à rogner la valeur des pièces de monnaie d’or ou d’argent : il faut une monnaie sûre comme le banco florin garantie par la Wisselbank d’Amsterdam créée en 1609, sous l’égide de la municipalité. Avec l’essor du commerce européen et transatlantique (qui repose sur la traite négrière), la demande de crédit est cependant très importante, et les risques que les banques émettent plus de crédits donc de monnaie papier que leurs réserves en or et en argent sont réels.

Seulement, si une banque agit mal, ses clients la quittent avant ou après sa faillite pour une autre qui a plus de capitaux propres en proportion de son passif (ses ressources). Dans certains États des États-Unis avant 1860 et en Écosse (de 1770 à 1845), un tel système fonctionne très bien du point de vue de la stabilité et de la solvabilité bancaires. Les banques de Boston avaient jusqu’à 60% de capitaux propres en proportion de leur passif ! En France, entre 1795 et 1803, les banques étaient nombreuses et émettaient chacune leurs billets, à Paris mais aussi à Rouen ou à Troyes, tout en étant solvables. À l’inverse, la Banque Générale de John Law fait faillite en 1720 même avec la garantie du Roi et le monopole d’émettre de la monnaie-papier.

Monopole à une banque centrale

Le premier pays à concentrer le pouvoir d’émettre de la monnaie aux mains d’une seule entreprise privée est l’Angleterre, où les marchands de la cité indépendante de Londres s’accordent avec la monarchie pour créer la Banque d’Angleterre en 1694 : celle-ci effectue l’escompte des effets de commerce, est la seule à émettre des billets de banque et gère en plus…la dette du royaume, en tirant de substantiels bénéfices, débarrassée de toute concurrence. Les principaux arguments pour son établissement sont la création d’un marché de la dette publique stable et surtout de se libérer du joug des orfèvres (banquiers) de Londres qui fraudent avec les pièces de monnaie et demandent des taux d’intérêts très élevés.

À partir du Directoire, Napoléon souhaite donner le monopole de création monétaire à une société commerciale privée sans clientèle , après lui avoir fourni des réserves et des clients via l’absorption de la caisse des comptes courants (1800).

Aux États-Unis, la résistance, parfois au plus haut sommet de l’État, a été très forte contre l’instauration d’un tel système et a duré un siècle et demi. C’est Woodrow Wilson qui a permis la création d’une banque centrale privée en 1913 sur le modèle de la banque d’Angleterre, avec des antennes régionales.

Sur le plan pratique, les banques concurrentes ne disparaissent pas mais doivent se soumettre à l’autorité de cette entreprise privée qui a la garantie de l’État et bénéficie de pouvoirs établis par des textes publics. Les banques centrales édictent les règles de la profession et fixe le taux d’intérêt auxquels les banques se financent auprès d’elles pour re-prêter ensuite aux acteurs économiques, en fonction de leur volonté d’étendre rapidement ou très rapidement le crédit/la dette.

Exponentielle du crédit

La monnaie est créé quand le crédit est prêté et détruite quand le crédit est remboursé. Mais par le jeu des intérêts composés, le crédit et donc la dette ne peut que croître, puisque l’argent correspondant aux intérêts à payer n’existe pas dans l’économie au préalable. Ce système convient cependant si le commerce est en expansion, c’est à dire tant que de plus en plus de ressources peuvent être transformées en biens et en services par le travail humain et mécanique (avec de l’énergie).

croissance intérêts

Avant cette date, les banques sont tout de même exposées à des épisodes de panique bancaire, où les clients, pour des raisons diverses (contexte politique, mauvaises récoltes, méfiance…) sont suffisamment nombreux à souhaiter retirer leurs dépôts d’argent sur une même période : l’actif (les sommes utilisées par la banque) est trop élevé par rapport aux dépôts et aux capitaux propres de la banque (le passif) pour honorer les demandes de retrait. C’est la faillite.

C’est la raison pour laquelle on a mis en place l’idée de réserves obligatoires : une fraction des ressources (passif) de la banque qui doit être conservée telle quelle pour compenser d’éventuels pertes lors d’une phase de contraction du crédit et de crise. Historiquement, ces réserves sont insuffisantes et tout repose sur la création monétaire de la banque centrale, qui utilise la « planche à billet » pour sauver le système.  En zone euro, les banques doivent avoir 1% de réserves au minimum depuis le 1er janvier 2012. Oui, 1%. Il y a aussi les règles comptables privées que « s’imposent » les banques mais elles ne sont guère significatives en pratique puisque dévoyées et non appliquées.

Pendant la crise de 1929, la réserve fédérale n’a pas souhaité créer agressivement de la monnaie pour perpétuer le système de dette exponentielle : les États-Unis ont connu une déflation et une baisse des prix à la consommation, des faillites en série et une baisse du niveau de vie de la population, avant que l’économie ne soit relancée par l’industrie militaire en 1941. La monnaie de réserve mondiale, la livre sterling, a chuté (comme d’ailleurs le franc) car la quantité de monnaie était trop importante par rapport aux réserves d’or.

Entre 1945 et 1971, le système bancaire des principaux États occidentaux est stable car le volume des crédits émis est limité par la quantité d’or détenu par chaque État : si on émet davantage de monnaie par le crédit et qu’elle circule, alors la devise du pays (dollar, livre, franc…etc) perdra de la valeur par rapport à l’or et permettre d’acheter moins de choses à l’étranger . Toutes les monnaies sont liées au dollar, lui-même lié à l’or.

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Depuis que le président américain Nixon a mis fin à ce système pour pouvoir rembourser ses dettes avec des dollars créés (et non plus l’or exigé par ses créanciers), et tant que la croissance permettait de payer les intérêts (jusque 2006) :

  • les banques ont multiplié les crédits, donc la dette a explosé
  • les bulles financières se sont enchaînées (la suivante logiquement plus importante que la précédente)
  • la valeur du dollar et des principales devises s’est effondré par rapport à l’or
Valeur des principales devises de monnaie par rapport à l'or. Depuis 1971, les monnaies s’effondrent car le crédit/la dette s'est multiplié.
Valeur des principales devises de monnaie par rapport à l’or. Depuis 1971, les monnaies s’effondrent car le crédit/la dette s’est multiplié.

Pour aller plus loin

1 réflexion sur “Système monétaire”

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