Globalisation et déséquilibres

Taux d’alphabétisation dans le monde, inversement corrélé au taux de fécondité

Pour Amartya Sen, plus les femmes sont alphabétisées (en violet), mieux elles sont insérées socialement et moins elles font d’enfants. Ce phénomène serait aussi important que la réduction de la pauvreté pour le développement d’un État : l’alphabétisation, via son influence sur la fécondité, serait une variable importante de la démographie d’un pays, elle-même variable des coûts du travail en dehors des pays occidentaux.

Europe, Asie, Afrique

Avec la révolution industrielle, la population européenne a explosée entre le moment où la mortalité a chuté et celui où l’alphabétisation s’est achevée. Le même phénomène est arrivé en Asie après 1945 mais la Chine disposait déjà d’une forte population (200 millions de plus que l’Inde en 1960) car c’est un grand pays agricole depuis des millénaires. La population chinoise a donc explosé en premier, avec des centaines de millions de demandeurs d’emploi prêt à accepter un salaire d’une multinationale occidentale dés les années 1980 (Réformes Xiaoping). L’Inde a suivi, dépassé la population chinoise et ouvert son marché dix ans plus tard.

L’Afrique, le continent le plus vaste et le plus riche en matières premières de la planète, connaît également un grand nombre de guerres pour les ressources instrumentalisant les conflits ethniques. La population explose tout de même avec une mortalité en chute et des infrastructures en plein développement, ce qui attire toujours plus d’ entreprises multinationales (Éthiopie, Côte d’Ivoire, Cameroun, Nigeria…etc). Elles quittaient déjà la Chine pour d’autres pays asiatiques jugés plus compétitifs selon l’industrie (Vietnam, Inde, Bangladesh, Thaïlande).

Division internationale du travail

En 2013, le coût de fabrication d’une veste en jean est 7 fois moins élevé au Bangladesh qu’aux États-Unis. La conséquence est que les entreprises délocalisent leurs productions dans les pays à bas coûts (salariaux, sociaux, environnementaux et fiscaux) afin de rester compétitives par rapport à celles qui l’ont déjà fait. C’est la désindustrialisation du monde occidental depuis que les capitaux et les marchandises peuvent franchir les frontières (années 1980).

Coût de fabrication d'une veste en jean entre les États-Unis et le Bangladesh, en 2013.
En 2013, le coût de fabrication d’une veste en jean était 7 fois moins élevé au Bangladesh qu’aux États-Unis.

Depuis, la valeur créée par les États occidentaux (le PIB à parité de pouvoir d’achat, et non le PIB nominal évoqué dans les mass media) correspond peu à de la création de richesse (produits fabriqués ailleurs). L’économie occidentale fonctionne grâce à des consommateurs qui

  1. travaillent dans le secteur du crédit grâce à des bulles successives (internet, immobilier, obligations souveraines…etc) déclenchées par les banques centrales
  2. travaillent autour du crédit en procurant de vrais biens et services au groupe 1 : par exemple un juriste qui apporte un conseil ou un vendeur informatique qui fournit des ordinateurs
  3. travaillent en procurant de vrais biens et services aux autres groupes : par exemple un agriculteur qui vend une récolte ou un dentiste qui soigne une personne
  4. ne travaillent pas mais consomment grâce au crédit privé (crédit à la consommation, crédit immobilier…etc) et public (aides de l’État).

Toute la capacité à générer de l’emploi est basée sur le crédit, avant la production industrielle, à l’inverse de la période des Trente Glorieuses. Ce qui constitue l’essentiel des richesses, celles produites massivement et d’origine industrielle, est acheté aux autres pays (à crédit).

Passons outre les lacunes du PIB, qui ignore des aspects non-marchands du bien être mais intègre l’effet de richesse temporaire créé par les bulles financières : on constate que les pays -émergents sont passés devant beaucoup de pays occidentaux ces dernières années. La Chine surpasse les États-Unis, qui représentent moins que l’Union Européenne cumulée.

Le plus important est de regarder le PIB en parité de pouvoir d’achat par habitant. On voit clairement que les pays occidentaux, l’Australie et le Japon sont loin devant :

Les pays ré-émergents possèdent cependant 65% des réserves de change , soit le double de celles des pays « riches », principalement libellées en dollar.

Observons maintenant une autre donnée : la dette externe brute (publique + privée) des États de la planète.

Cliquez sur le graphique pour le classement des pays par dette externe brute
  • les États-Unis ont le niveau de dette externe brute le plus élevé, devant le Royaume-Uni
  • les luxembourgeois (avec les hollandais, britanniques, suisses et norvégiens) ont une dette externe brute par habitant colossale
  • la France a remplacé l’Allemagne sur le podium des débiteurs
  • le Japon et l’Australie font aussi partie du lot

Bref, les pays les plus « riches » sont les plus endettés.

Les États ont aussi des créances qui peuvent contrebalancer la dette ? regardons donc les réserves de change moins la dette externe brute :

Réserves de changes des pays moins leur dette externe nette totale - CIA World Factbook, 2009.
Réserves de changes des pays moins leur dette externe nette totale – CIA World Factbook, 2009.

La Chine vend ses produits aux États-Unis. Pour les acheter, les États-Unis empruntent à la Chine. Cette relation, que l’on peut respectivement étendre à l’Asie du sud-est et à l’Occident, est la plus importante en géopolitique car l’équilibre de la planète tient dans le maintien cette relation d’interdépendance entre vendeur-prêteur et acheteur-emprunteur.

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